Les commandements de Dieu Car l'amour est fort comme la mort, la passion jalouse est dure comme le séjour des morts ; ses fièvres sont des fièvres brûlantes, une flamme du SEIGNEUR (Yah). De grandes eaux ne peuvent éteindre l'amour, et des fleuves ne sauraient l'emporter ; quand un homme donnerait tous les biens de sa maison contre l'amour, il n'obtiendrait que le mépris. (version NBS) L’amour est fort comme la mort Passion dure Comme l’enfer Flammes de feu Flamme-de-Yah Beaucoup d’eau n’éteindra pas l’amour Aucun fleuve ne l’emportera Qui donnerait sa maison entière pour l’amour On le mépriserait on le mépriserait (version Bayard) Prédication Etonnant de trouver, parmi les lectures proposées pour ce dimanche, un extrait du Cantique des Cantiques. Et comme texte de prédication ! Il vaut la peine, sans doute, de dire quelques mots de ce livre particulier de la Bible, avant de nous intéresser plus particulièrement à ces quelques versets, et à la façon dont ils éclairent le thème du jour, à savoir « les commandements de Dieu ». Le cantique des cantiques, ou « chant des chants » ou encore « poème des poèmes », est une ode à l’amour, un texte poétique, romantique et érotique, un dialogue entre 2 amoureux, qui déploient une foule d’images empruntées à la nature pour se décrire mutuellement et évoquer leurs sentiments, leur désir, leur émoi. L’introduction de ce livre dans le canon biblique a fait débat au 1er siècle de notre ère : certains y voyaient une chanson d’amour profane, 30 octobre 2022 20e dimanche après la Trinité Ctq des Ctqs 8.6b-7 PL - 55 – 30 octobre 2022 – 20e dimanche après la Trinité – Ctq des Ctqs 8.6b-7 – Anne-Sophie Hahn 2/6 voire une « chanson à boire » ! D’autres, tel Rabbi Aqiba, pensaient que « le monde entier ne vaut pas le jour où le Cantique fut donné à Israël. Tous les écrits sont saints, mais le Cantique est le saint des saints » (Traité Yadaïm 3.5). Dans l’histoire de son interprétation, si quelques commentateurs voient dans ce livre la retranscription d’un véritable dialogue amoureux entre le roi Salomon et la fille du Pharaon (ou la reine de Saba), la plupart des auteurs en font une lecture allégorique : le bienaimé et la bien-aimée devenant les figures soit d’Israël et de son Seigneur, soit du Christ et de l’Eglise, soit du Christ et de l’âme de chaque croyant ou croyante. Cependant, les lectures plus modernes du livre remettent en lumière l’amour humain qui s’exprime dans ce texte. L’Eglise est peut-être aujourd’hui moins méfiante à l’égard de l’érotisme et de l’amour amoureux, et il est bon de se souvenir que la Genèse atteste de la création de l’être humain « homme et femme », égaux et complémentaires, appelés à s’aimer, corps et âme. « Le Cantique scelle cette vision biblique en mettant en scène un homme et une femme qui s’aiment, dans une atmosphère d’égalité et de liberté, l’un face à l’autre, l’un pour l’autre, d’un amour où le charnel est spirituel, où le spirituel est charnel. Tel est le message, simple et si précieux, de ce livre biblique tant discuté » (Anne-Marie Pelletier, dans Le Cantique des Cantiques, Cahiers Evangile n°85, Cerf 1993). Ces 2 lectures, la profane et la sacrée, l’érotique et la spirituelle, ne s’excluent pas, mais coexistent, s’imbriquent, se complètent même. Ainsi Georges Casalis écrit : « C’est vraiment ainsi que le Dieu vivant aime son peuple, qu’Israël connaît et reçoit son Seigneur : dans cette nouveauté, cet émerveillement, cette vigueur jamais usés, comme au 1 er jour, comme au lendemain de la Mer rouge, de Pâques ou du baptême. (…) Avec cette passion, cette impatience et cette joie. » (« Le (bon) plaisir d’aimer », dans Un chant d’amour insolite, le Cantique des cantiques, DDB, 1984). Dans ce passage du Cantique, la 1 e phrase distingue l’amour, qui est aussi fort que la mort, et la passion jalouse, qui est « aussi impitoyable que le monde des morts ». Amour et passion sont utilisés ailleurs dans la Bible pour parler tantôt des sentiments humains, tantôt des sentiments de Dieu pour son peuple. Le verset 6 comporte la seule mention du nom de Dieu de tout le livre : ses fièvres sont des fièvres brûlantes, une flamme du PL - 55 – 30 octobre 2022 – 20e dimanche après la Trinité – Ctq des Ctqs 8.6b-7 – Anne-Sophie Hahn 3/6 SEIGNEUR (Yah). Cette expression n’est pas sans rappeler celle de Dt 4.24 : « Le Seigneur ton Dieu est un feu dévorant, un Dieu jaloux ». Mais il me semble que dans cette opposition entre amour et jalousie, c’est bien l’amour qui est mis en exergue, comparé à la mort pour dire toute sa puissance, défini comme insubmersible, ce qui rappelle aussi cette parole de Dieu que nous lisons chez Esaïe : « Si tu traverses les eaux, je serai avec toi ; si tu passes les fleuves, ils ne t'emporteront pas ; si tu marches dans le feu, tu ne te brûleras pas, et les flammes ne te dévoreront pas » (Es 43.2). Enfin, l’amour est dit incorruptible et inestimable, affirmant que rien de matériel, même tous les biens que posséderait un homme sur cette terre, rien ne vaut l’amour. Cette dernière image ne nous rappelle-t-elle pas un autre poème sur l’amour, écrit par l’apôtre Paul ? « Je pourrais distribuer tous mes biens aux affamés et même livrer mon corps aux flammes, si je n'ai pas d'amour, cela ne me sert à rien ! L'amour est patient et bon, il n'est pas envieux, ne se vante pas et n'est pas prétentieux ; l'amour ne fait rien de honteux, n'est pas égoïste, ne s'irrite pas et n'éprouve pas de rancune ; l'amour ne se réjouit pas du mal, il se réjouit de la vérité. En toute circonstance il fait face, il garde la foi, il espère, il persévère. L'amour est éternel ! » (1 Corinthiens 13). On a l’habitude de lire ce texte aux mariages. Comme si le mariage devait absolument reposer sur cette forme d’amour. C’est pourtant impossible ! Qui peut prétendre aimer éternellement et inconditionnellement, tout supporter et tout endurer de la personne avec qui il ou elle partage sa vie ? Là où nous n’avons qu’un seul mot pour exprimer l’amour, le grec connaît 3 termes distincts, tous employés dans la Bible. Il y a l’amour éros : celui de nos pulsions, de nos passions, de nos attirances, un amour plutôt narcissique, égoïste, qui ne laisse pas beaucoup de place à l’autre. Il y a l’amour philia, celui des sentiments, de l’affect, qui détermine qui nous chérissons et qui nous ne portons pas dans notre cœur. Enfin, il y a l’amour agapè. Celui-là n’est pas une inclination du cœur. Mais nous pouvons le ressentir, et surtout le cultiver, le mettre en œuvre. C’est ce terme que la Septante utilise dans notre texte extrait du Cantique des cantiques. PL - 55 – 30 octobre 2022 – 20e dimanche après la Trinité – Ctq des Ctqs 8.6b-7 – Anne-Sophie Hahn 4/6 C’est aussi de cet amour-là dont il est question dans ce que je lis comme un triple commandement de l’amour : tu aimeras Dieu, tu aimeras ton prochain, tu t’aimeras toi-même. Cet amour agapè devient ainsi un commandement. Mais l’amour peut-il se commander ? « Oui ! » dit la Bible, dans la mesure où il passe par un Autre. Car aimer l’Autre, Dieu, de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force et de toute sa pensée, c’est se plonger tout entier dans cet Autre. Et aimer ainsi cet Autre ouvre la possibilité d’aimer l’autre, mon prochain, et d’honorer le second commandement. C’est cet amour-là que Dieu se permet de nous commander. Car c’est cet amour aussi qu’il met à notre disposition. C’est cet amour-là dont il est la source, et auquel nous pouvons sans cesse venir puiser pour nourrir notre propre amour, pour le tourner vers l’autre. L’amour dont il est question ici n’est donc pas qu’un sentiment, une affection, une inclination particulière pour quelqu’un qui fait battre notre cœur plus fort. Aimer ce n’est pas apprécier, car on ne peut pas apprécier tout le monde, n’est-ce pas ?! L’amour agapè est un choix. Lorsqu’on choisit de partager sa vie avec quelqu’un, lorsqu’on fait le pas du mariage, de la vie à deux, et même lorsqu’on fait le pas de la foi en Dieu, cela ne repose pas uniquement sur une attirance. Mais c’est une décision. Et les conséquences de l’amour sont alors, elles aussi, des choix conscients, réfléchis. Aimer, ce n’est pas seulement apprécier, puis se désintéresser. C’est aussi établir des priorités qui ne reposent pas que sur nos envies, mais qui tiennent compte de l’autre. C’est décider de l’attention que l’on porte à l’autre. C’est prendre des engagements qui nous impliquent. C’est tirer des conséquences concrètes de cet amour pour notre vie. Et c’est vrai, il me semble, tant dans notre vie affective, ou amoureuse, que dans notre vie de foi. Aimer Dieu, c’est choisir de faire une place, dans sa vie, à la foi et à ses implications. Ainsi, aimer peut être un commandement. Car l’agapè, qui nous est commandé, relève non pas de ce que nous ressentons, mais de ce que nous choisissons. PL - 55 – 30 octobre 2022 – 20e dimanche après la Trinité – Ctq des Ctqs 8.6b-7 – Anne-Sophie Hahn 5/6 Et si Jésus cite comme le plus important, le plus grand, le plus fondamental ce commandement, il le fait en liant l’amour du prochain à l’amour de Dieu. Ce faisant, il nous indique aussi la source de cet amour, une source inépuisable : il s’agit d’une Parole, qui prend le dessus sur nos affinités et nos attirances. Cet amour-là n’a pas de limites, pas de frontières. Et pour nous, croyants, disciples du Christ, l’amour que nous portons à ceux que nous rencontrons n’est pas seulement un comportement d’ordre éthique ou moral, mais c’est aussi un témoignage. « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples », dit Jésus. Aimer pour dire sa foi. C’est bien plus grand que tout le reste. Et c’est en cherchant à mettre ce devoir au fondement de notre vie que nous nous engageons sur la route où nous appelle le Christ. Que Dieu nous donne chaque jour les forces nouvelles pour accomplir sa volonté. Amen Prière d’intercession Seigneur, notre Dieu, tu nous envoies vers notre prochain pour l’aimer comme nous t’aimons, comme nous nous aimons nous-mêmes. Mais sans ton amour pour nous inspirer et nous guider, nous n’en sommes pas capables. Donne-nous d’apprendre à porter les uns sur les autres ton regard, le regard de l’amour, inspire-nous la parole juste, l’aide nécessaire. Apprends-nous à nous aimer les uns les autres et à nous aimer nousmêmes. Fais de nous des témoins de ton Amour dans ce monde, pour tous ceux que nous rencontrerons. Nous te prions pour celles et ceux que nous aimons, nos proches, nos collègues et ceux que nous croisons tous les jours. Nous te prions aussi pour celles et ceux que nous avons du mal à aimer, qui nous agacent, qui nous ont fait du mal. Là aussi, Seigneur, que ton amour fasse grandir notre cœur, pour que nous puissions vivre en bonne intelligence les uns avec les autres, aimer même nos ennemis, bénir ceux qui nous maudissent et prier pour ceux qui nous persécutent. Garde les époux unis dans la fidélité et dans la paix. Veille sur les parents et les enfants. Nous te remettons tous les membres de notre paroisse, les malades, les isolés, les affligés, et aussi pour celles et ceux qui sont heureux et qui aiment servir. PL - 55 – 30 octobre 2022 – 20e dimanche après la Trinité – Ctq des Ctqs 8.6b-7 – Anne-Sophie Hahn 6/6 Dans le secret de nos cœurs, nous remettons entre tes mains les noms des personnes pour lesquelles nous souhaitons te prier tout particulièrement ce matin (…). Et d’une même voix, nous te disons ces mots que Jésus, ton fils et notre frère, nous a enseigné, lui qui nous a appris à nous adresser à toi en disant, Notre Père… Propositions de cantiques Alléluia 14/09 (ARC 181) : « Cherchez d’abord » Alléluia 36/30 (ARC 532) : « Tu nous appelles à t’aimer »
PREDICATION
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