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Prédication : Nos terres Promises

C’est à un étranger que Dieu promet une terre. D’ailleurs, si Abram n’était pas immigré dans le pays, où il est arrivé poussé par un mystérieux désir, Dieu n’aurait nul besoin de lui promettre une telle chose.
            Il faut être déraciné pour avoir besoin d’une terre. Cette promesse de la terre est à l’origine du pire comme du meilleur.
            Du pire, parce que posséder la terre est le mobile de nombreuses guerres. Et nous en sommes les témoins aujourd’hui alors que depuis deux ans l’Ukraine se défend de l'invasion de forces russes qui prétendent posséder la terre Ukrainienne. Comment ne pas être en sympathie avec ce peuple qui nous rappelle que, très près de nous, à notre époque, les conquêtes de territoires ne sont pas obsolètes et que l’idéologie expansionniste reste encore un mobile de guerre ?
            Comment ne pas penser au conflit de territoire jamais réglé en Palestine même, là où devait couler le lait et le miel, et où coule le sang depuis tant d’années ?

            Sans doute le texte de la Genèse n’ignore pas cette habitude, qui vise à mener des guerres de conquête pour coloniser de nouveaux territoires. La Bible est même très souvent explicite à ce sujet puisqu’à chaque promesse faite aux patriarches de donner une terre où habiter, Dieu demande de chasser les premiers occupants, comme si un droit divin autorisait un peuple à en chasser un autre de la terre qu’il habite.
            L’idéologie de la terre promise a donc montré qu’elle permettait le pire en matière de colonisation et d’arrogance ; pourtant, quand Abram entend une nouvelle fois la promesse que Dieu lui adresse, il est appelé à changer et à comprendre son avenir autrement. 
            Abram ne s’appellera plus Abram mais Abraham. Une lettre, א aleph, fichée en plein cœur de l’identité sépare le premier nom qui signifie : « le Père est élevé » du second qui signifie : « le père d’une multitude ». Du nom glorieux et arrogant de « Père exalté », le patriarche de quatre-vingt-dix-neuf ans va devenir « le père d’une multitude ». Élargissant le champ de son point de vue, ce nom ouvre devant l’homme une visée moins individuelle et plus responsable. Ce qu’il fait ne le concerne pas seulement lui, mais aussi les générations à venir.
            La promesse a changé, celui qui cherchait une terre où imposer sa loi devient celui qui attend une descendance à qui léguer l’héritage de sa vie, le patrimoine qu’il a construit. La vie qu’il aura accomplie.
            Alors, où est-elle la terre promise ? Est-elle réelle à l’extérieur de nous ? Est-elle en chacun de nous dans un appel qui nous déplace vers ce que nous devons devenir par la foi ?

Il semble bien que nous soyons toutes et tous étrangers sur la terre et que nous ne soyons pas appelés vers un lopin de terre pour le posséder, mais vers une parcelle de notre identité pour la découvrir.
            Dans la foi en l’appel de Dieu, celui-là même qui a déplacé Abram jadis, qui déplaça le peuple hébreu d’Égypte ou encore Ruth vers Bethléem, peut-être est-il possible de découvrir notre responsabilité d’êtres humains pour la multitude. Tels des Abraham, pères et mères de multitudes qui attendent un monde meilleur.
            Quel est-il le pays promis où coule le lait et le miel ? N’est-ce pas le pays où je puis reposer sous mon figuier sans avoir peur ? N’est-ce pas la patrie qui me permet de vivre librement, préservée par le droit et la justice, que je sois native sur ce sol ou étrangère ?
            Depuis toujours, les êtres humains se sont déplacés sur la surface de la terre dans des migrations qui ont permis à notre espèce humaine d’évoluer, de persister et de se développer.
             Ailleurs est le pays promis pour qui cherche plus que ce qu’il est .
            Ailleurs est l’inconnu qui fascine, qui élève, qui élargit l’espace, le temps, le cœur et l’esprit. Ailleurs est une terre d’où l’on ne revient jamais tout-à-fait entier, semant un peu de soi dans la vie d’un autre, laissant un peu de son âme chez le peuple ami, chez l’hôte prévenant, chez l’étranger devenu une part de soi.
            Parfois, c’est la vie tout entière qu’on laisse ailleurs, comme la vie de ces 23 femmes et hommes qui, alors que la France ne leur avait pas offert la prospérité et le bonheur jusque-là, alors qu’ils étaient déplacés de guerre, orphelins et pauvres parmi les pauvres, traités comme étrangers dans le pays où ils vivaient, se sont engagés pour cette terre d’asile. Quels droits leur avait-elle donné cette terre ? En étaient-ils les enfants reconnus à part entière ?
            Comme dit d’eux Aragon dans son poème l’Affiche rouge : « Nul ne semblait vous voir Français de préférence, les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant. »
            Comment imaginer que, pour la liberté d’un pays qui ne les avait accueillis que contraint, ces étrangers auraient le désir, le courage et la générosité de lui donner leur vie ?
            Quelle était donc cette terre promise qui méritait qu’on meurt pour elle ?
            Pas la terre occupée, pas la terre qui collabore, soumise. Mais alors où était-elle cette terre promise dans le cœur des vingt-trois dont les visages  avaient été affichés sur du rouge par la propagande xénophobe du nazisme pour faire peur aux passants ?
            Quel était l’intérêt individuel d’un poète arménien, d’aller risquer sa vie pour un pays qui n’était le sien que par les aléas d’une histoire humaine meurtrie ?
            Toutefois le poème d’Aragon continue : « Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
 »

À qui est-elle donc promise cette terre de la paix ? N’est-elle promise qu’à des nomades, passants et ne s’installant jamais vraiment chez eux ?

Dans son discours intitulé « I’ve been to the mountaintop. » prononcé à Memphis le 3 avril 1968, la veille de son assassinat, le pasteur Martin Luther King cherche la terre promise dans l’histoire de l’humanité. Et, des Hébreux qui quittèrent l’Égypte aux réformateurs du XVIe siècle jusqu’au crack boursier de 1929, il constate que le monde est sens dessus dessous et que, dans son siècle même, il entend toujours le même cri : « Nous voulons être libres ».

            Et il raconte l’histoire du bon Samaritain et se demande pourquoi certains ne s’arrêtent pas pour venir en aide à l’homme laissé pour mort sur le bord du chemin. Il en déduit qu’ils ont eu peur. Le bon Samaritain, lui, s’est arrêté parce qu’il ne s’est pas posé la question : « Que va-t-il m’arriver si je m’arrête pour aider l’homme agressé ? » Mais plutôt : « qu’est-ce qui va arriver à l’homme agressé si je ne m’arrête pas ? » Il a pu projeter son moi sur le tu de l’autre et ensemble ils ont été sauvés.
            La terre promise est là où le salut des êtres humains est accompli. Là où le royaume de Dieu s’accomplit, là où le désir de non-violence gagne sur la haine, là où le courage fait advenir la justice, là où le juste fait obstacle au méchant.
            Martin Luther King continue son discours sans savoir que le lendemain un assassin lui ôtera la vie : « Eh bien, je ne sais pas ce qui va arriver maintenant. Nous avons devant nous des journées difficiles. Mais peu m’importe ce qui va m’arriver maintenant, car je suis allé jusqu’au sommet de la montagne. Je ne m’inquiète plus. Comme tout le monde, je voudrais vivre longtemps. La longévité a son prix. Mais je ne m’en soucie guère maintenant. Je veux simplement que la volonté de Dieu soit faite. Et il m’a permis d’atteindre le sommet de la montagne. J’ai regardé autour de moi. Et j’ai vu la Terre promise. Il se peut que je n’y pénètre pas avec vous. Mais je veux vous faire savoir, ce soir, que notre peuple atteindra la Terre promise. Ainsi je suis heureux, ce soir. Je ne m’inquiète de rien. Je ne crains aucun homme. Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur. »

            La terre promise est aussi la pensée du meilleur de l’être humain. Elle est cette parcelle de foi qu’on emporte avec soi partout et en tout temps et qui, un jour, vous permet d’accueillir la multitude dans le cœur d’un seul homme.  La foi en un avenir meilleur, la foi en la paix à venir, la foi en l’être humain quand il entend l’appel et qu’il met tous ses efforts dans l’accomplissement d’une promesse.
« Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le cœur avant le temps.
 »

            La terre promise la tienne, la mienne, la nôtre collectivement, c’est celle que nous labourons ensemble à coup de solidarité, de générosité, de patience et de révolte contre le mal. C’est celle sur laquelle nous plantons notre campement provisoire, juste le temps d’une vie, entre naissance et mort, nomades sur la terre mais investis pour elle.
            La terre promise, c’est celle que nous jetons sur celles et ceux qui sont tombés pour notre liberté et dans laquelle poussent l’œillet rouge, la rose et le réséda.
« Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant.
 »

            La terre promise, c’est celle que l’on choisit d’aimer, comme une femme aimée, comme une Mélinée à qui l’on souhaite un enfant quand bien même on ne serait plus là pour le voir naître.
La terre promise, c’est la vraie liberté, pas celle qui demande : « que va-t-il m’arriver si je m’engage pour l’autre ? », mais celle qui nous lie les uns aux autres par amour de la vie, par amour du prochain, par responsabilité.
            Toujours devant nous, jamais acquise, toujours offerte, jamais colonisée, la Terre promise n’est qu’une Idée, mais quelle belle idée si l’on se sait pour toujours étranger !       
AMEN.

Orgue

Cantique : Louange et Prière n°170 « Viens habiter dans nos âmes », strophes 1, 2 et 4 [cliquer ici]

Annonces  et  Collecte
Orgue

Liturgie de la Cène

Préface

« Un jour au milieu de nous
Il y eut un homme, un homme comme nous qui vécu et mourut;
Un homme qui éprouva la peur, la colère, la  confiance et la joie.
Cet homme est le langage par lequel toi notre Dieu tu as adressé au monde la bonne nouvelle de ton amour inconditionnel.
Cet homme est un signe de ta grâce pour nous aujourd’hui et pour ce don que tu nous fais, nous te disons merci et nous chantons ta gloire.
 
Chant spontané : « Pare-toi pour une fête », strophe 1 [cliquer ici]
 
Rappel de l’institution

Le soir venu, Jésus se mit à table avec les douze. Pendant le repas, il prit du pain et après avoir rendu grâces, il le rompit et le leur donna en disant : « prenez, mangez, ceci est mon corps. »
Ayant aussi pris la coupe et rendu grâce, il la leur donna en disant :
« Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’alliance qui est répandu pour la multitude, pour le pardon des péchés.
Je vous le dis, désormais, je ne boirai plus de ce fruit de la vigne jusqu’au jour où je le boirai nouveau, avec vous dans le royaume de mon Père. »

Prière de communion

Père, au moment où nous partageons ton repas, nous faisons mémoire des paroles et des gestes de Jésus-Christ, de sa mort et de sa résurrection. 
Nous recevons de toi ce repas, nourriture pour ce monde.
Tu nous rassembles et nous invites.
Par ton Esprit, renouvelle notre foi afin que ce pain et ce vin soient les signes de la présence de ton Fils parmi nous.
Fais toutes choses nouvelles dans nos cœurs et dans le monde.

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