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L’homme riche et le pauvre Lazare ; quelle histoire ! Comment faire pour la recevoir nouvelle pour nous aujourd’hui ? Quel message pour nous ce matin ?

Un homme qui a passé sa vie dans la richesse souffre en enfer après sa mort. Le pauvre qui mendiait devant sa maison goûte, lui, à la félicité du paradis. Juste retour des choses ? La pointe de la parabole se situe dans ce verset : « Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent ». Il ne s’agit pas de promouvoir la théologie des œuvres. Mais de placer le lecteur ou l’auditeur de la parabole devant ses responsabilités.

La foi est-elle agissante, porte-t-elle du fruit ? Ou n’est-elle qu’une opinion bienpensante ?

Cet homme riche connaissait sans doute Moïse et les prophètes. Rien ne nous permet de dire qu’il ne fréquentait pas le culte. Il connaissait sans doute les valeurs professées par la société et la religion de son temps. Qu’en a-t-il fait ? Rien.

Nous de même : nous avons Moïse, les prophètes et Jésus. Mais qu’en faisons-nous ?

Il est parfois de bon ton de parler des valeurs chrétiennes : amour, paix, solidarité, etc. … Mais guident-elles vraiment notre vie ou bien au contraire sont-elles des coquilles vides ? C’est toute la problématique de cette parabole qui nous met devant nos responsabilités de croyants.

A la fin de son évangile, Luc rapporte l’épisode dit des « pèlerins d’Emmaüs » Luc 24, 44 (relire le verset) « Il fallait que s’accomplisse tout ce qui est écrit dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les psaumes »

Comment entendre cette parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare ? Pas comme une histoire qui concerne les autres, les riches bien sûr, ceux qui sont condamnés au malheur, et les pauvres vengés. Pas non plus comme une histoire qui me donne des détails sur l’au-delà afin que dès aujourd’hui je puisse raconter ce qui s’y passe et faire naître la peur. Non, ce récit qui débute en forme de légende est une parabole que Jésus a racontée aux pharisiens qui aimaient l’argent. Une parabole destinée à ceux qui aiment l’argent, et d’une certaine manière nous en faisons tous partie dans notre société de consommation, où pouvoir acheter semble être l’horizon de la vie proposée à nos contemporains. Il suffit pour s’en rendre compte de regarder l’importance de la publicité, du marketing et son leitmotiv aussi puissant qu’invraisemblable : « Je consomme donc je suis ». Bref, cette parabole nous concerne tous, car elle rend attentif à l’importance du partage pour ne pas rester prisonnier de son propre monde et ne plus pouvoir en sortir, jamais.

Il y avait donc un homme riche, et un pauvre Lazare. « Un » riche, nous dit le texte. « Un », un homme du chiffre et de la fête. Nous avons tous des chiffres, ils permettent de nous reconnaître, mais jamais de nous connaître. Ainsi nous avons un numéro de sécurité sociale, un numéro de compte bancaire, un numéro de carte de crédit, de code de porte, peut-être de permis de conduire et que sais-je encore de téléphone… La liste est longue de tous ces chiffres qui nous repèrent, mais paradoxalement nous font perdre notre identité si nous nous qualifions à travers eux, nous laissant enfermer dans ces chiffres qui qualifient l’avoir.

Il y avait donc un homme riche, un homme de chiffres qui vivait de noces qu’il tenait chaque jour. C’était là tout son horizon, le but de son existence. Il vivait pour lui-même, complaisamment installé dans ses biens, comptés, calculés avec une marge bénéficiaire et un pourcentage de rentabilité. Bref, il pouvait faire la fête. C’était un homme anonyme qui a pourtant cinq frères tous comme lui, semble-t-il.

Et près de lui, un pauvre du nom de Lazare.
Lazare, ce qui signifie « Dieu aide ».

Quel humour étrange, s’appeler « Dieu aide » et vivre sa vie dans la misère et, pourtant malgré la misère, la dépendance vis à vis des autres qui préfèrent ne pas s’en occuper. C’est bien lui cet homme-là qui s’appelle « Dieu aide » ! Quelle aide a-t-il donc reçu de Dieu ? On peut douter de son efficacité pour qu’il se retrouve dans cet état. Cela nous permet de découvrir que Dieu ne promet pas aux siens une vie sans souci, sans malheur. Ils peuvent tout à fait y être plongés jusqu’à l’extrême comme cet homme Lazare. Pourtant ce qu’il ne perd pas, c’est son nom, c’est à dire sa relation avec Dieu, ce nom de Dieu invoqué sur sa vie, dit dans sa vie malgré tout. C’est cette ouverture qui fait que cet homme, quoique seul devant cette porte, ne cesse de chercher la relation à l’autre dont sa vie dépend.

Voilà la vraie vie, nous dit la Bible, celle qui trouve son achèvement dans le sein d’Abraham, pour parler comme la parabole, c’est à dire dans la présence de Dieu, en relation vivante avec lui.
Ainsi, on pourrait dire que notre histoire, la vraie, notre nom, c’est avec les autres qu’elle se vit, qu’elle se tisse. C’est par les autres que nous existons. Lazare est contraint par sa situation précaire de faire place aux autres, d’attendre quelque chose des autres. Et la Bible nous avertit, et cet avertissement nous concerne tous quel que soit l’état de notre compte en banque. Là n’est pas le problème tant que notre nom subsiste, qu’il est celui de notre vie en relation avec les autres, avec Dieu lui-même. Mais voilà ce nom, cette relation peut être anéantie par le poids de la richesse qui rend aveugle et sourd. Manifestement, le riche ne s’était jamais rendu compte que Lazare gisait à sa porte, il ne l’a jamais considéré comme un homme qu’il pouvait rencontrer, avec lequel il pouvait entrer en relation et partager. Il l’enjambait et ne le voyait pas, et ainsi il est passé à côté de sa chance de retrouver son nom, une histoire.

Ainsi ce n’est pas tant l’abondance de biens qui caractérise le riche, -on ne connaît pas le montant de sa fortune-, mais bien son refus de communication et de relation. Abraham, lui répétera à l’adresse de ses 5 frères : ils ont déjà Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent. Le miracle est inutile.

Frères et sœurs, ni l’extraordinaire, ni le retour d’un revenant ne peut faire advenir la foi qui est relation avec Dieu et du coup avec les autres. De la même manière, la misère n’a pas le pouvoir de couper la relation entre Dieu et Lazare. Non, le miracle ne peut pas convaincre. Il est inutile, dit cette parabole par la bouche d’Abraham, car vous avez déjà tout. Des hommes sont là pour vous entourer. Les frères avaient Moïse et les prophètes. Nous avons Jésus-Christ. À travers cette parole, cette certitude, se dit la bonne nouvelle, dans la mesure où elle redit avec insistance aux frères, comme à nous que tout est déjà donné, que Dieu est présent. Avec la Bible, et sa parole faite chair en Jésus, Dieu a fait tout ce qu’il devait faire et a dit tout ce qu’il pouvait dire pour notre salut. Rien de plus, rien d’autre ne sera jamais donné aux hommes que Jésus-Christ, parole vivante de Dieu, dont témoigne la parole écrite. Il nous replace dans notre vocation d’homme et de croyant : être à l’écoute de notre prochain.

A l’heure où l’image est triomphante et le spectacle permanent sur nos écrans, au risque de nous manipuler et de nous maintenir dans l’illusion, seule la Parole de Dieu, légère, discrète, secrète, s’avère pourtant fiable. Tel est le grand paradoxe de la vie chrétienne : l’évidence est trompeuse, tandis que la vérité se fait incognito. Croire au témoignage de celles et ceux dont la vie a été transformée par Dieu nous conduit à notre tour à témoigner de ce Dieu dont la discrétion a bouleversé notre propre existence.

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